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Comment la transmission de l’information est-elle sécurisée dans l’écosystème C-ITS ?
16/07/2026 | C-ITS
Et si votre véhicule pouvait échanger des informations fiables, en temps réel, avec son environnement dans un écosystème numérique sécurisé ? En réalité, cet environnement existe déjà : il s’agit de l’écosystème C-ITS.
L’écosystème C-ITS (Cooperative Intelligent Transport Systems) désigne un espace d’échanges permettant aux différents usagers de la route (véhicules particuliers, poids-lourds, taxis, bus, vélo, piéton etc) de communiquer entre eux et avec l’infrastructure au travers de messages spécifiques appelés messages C-ITS.
Le volume de données qui y sont échangées est conséquent et le contenu de ces messages est critique : ils peuvent contribuer à éviter des accidents ou encore à réduire l’impact environnemental du trafic. Dans ce contexte, assurer la sécurité des échanges devient indispensable, à la fois pour assurer la fiabilité du système et pour protéger les données personnelles des utilisateurs afin que l’écosystème puisse fonctionner correctement.
Les enjeux de la cybersécurité
Depuis 2014, plusieurs projets européens ont contribué au développement des C-ITS en définissant un catalogue de cas d’usage (services). Le projet SCALE s’inscrit également dans cette dynamique en visant à enrichir ce catalogue en spécifiant plusieurs dizaines de nouveaux cas d’usage.
Un cas d’usage correspond à une situation concrète se produisant sur la route, que les C-ITS cherchent à améliorer grâce à l’échange d’informations entre équipements routiers communicants et usagers connectés via les messages C-ITS normalisés à l’échelle européenne.

Les données échangées dans cet écosystème C-ITS reposent sur des communications V2X[1], impliquant de multiples acteurs comme les gestionnaires d’infrastructures routières d’État et des collectivités, les autorités en charge de la mobilité, les fournisseurs de solutions, les opérateurs publics et privés jusqu’aux usagers eux-mêmes. Comme tout système connecté, cet écosystème présente des vulnérabilités et des risques à différents niveaux techniques et stratégiques. C’est pourquoi, dans le cadre du projet SCALE, un groupe de travail conduit par Télécom Paris s’attache à identifier et anticiper ces risques, ainsi qu’à proposer des solutions adaptées.
[1] https://c-its.developpement-durable.gouv.fr/que-representent-les-systemes-de-transport-intelligents-et-cooperatifs-pourquoi-on-en-parle-autant/
Les défis et les enjeux principaux de la cybersécurité dans les projets de déploiement C-ITS sont :
- la confiance numérique ;
- la sécurité dans un contexte hybride ITS-G5 (technologie utilisée pour envoyer les messages C-ITS en courte portée) / LTE (technologie utilisée pour envoyer les messages C-ITS en longue portée) ;
- le respect de la vie privée ;
- la détection des comportements malveillants et des attaques Cyber ;
- la montée en charge et un déploiement à grande échelle ;
- l’interopérabilité entre les différents systèmes C-ITS ;
- la conception de la sécurité de bout en bout pour les nouveaux cas d’usage.
Les objectifs de la sécurité
Pour garantir la sécurité de l’écosystème, plusieurs objectifs fondamentaux doivent être garantis :
- l’intégrité : les données ne doivent pas être altérées entre l’envoi et la réception. Exemple : utilisation du hachage ;
- l’authentification : l’identité de l’émetteur doit être vérifiée, (digne de confiance). Exemple : utilisation des certificats et de la signature numérique ;
- la non-répudiation : il doit être impossible de nier l’envoi d’un message. Exemple : utilisation de la signature que l’on ne peut pas nier ;
- l’anonymisation : il doit être impossible de relier un message à son émetteur. Exemple, utilisation des certificats pseudonymes ;
- la confidentialité : les données ne doivent pas être accessible à tous, seulement aux personnes choisies. Exemple : chiffrement des informations.
Comment atteindre les objectifs de la cybersécurité ?
Pour atteindre ces objectifs, la sécurisation des échanges repose principalement sur des fonctions cryptographiques, notamment :
- le chiffrement ;
- les signatures numériques.
Une fonction cryptographique applique des fonctions mathématiques permettant de vérifier que les données contenues dans un message n’ont pas été altérées. Elle permet de communiquer de façon sécurisée dans un environnement ouvert.
Le chiffrement
Le chiffrement a pour but de verrouiller une information dans le but de la rendre confidentielle. Le processus de chiffrement se réalise en 2 étapes : le chiffrement et le déchiffrement de l’information. L’information va d’abord être transformée grâce au chiffrement, puis retransformée pour reconstituer le message de base lors du déchiffrement. Des clés sont utilisées pour ces deux étapes. Lorsque la même clé est utilisée pour les 2 étapes, alors on parle d’un chiffrement symétrique. À l’inverse, lorsque 2 clés différentes sont utilisées, on parle de chiffrement asymétrique. Ces deux types de chiffrement sont utilisés dans l’écosystème C-ITS.
Le chiffrement asymétrique utilise un système de clé composé d’une paire de clés : une clé privée et une clé publique. La clé privée est strictement personnelle et confidentielle. À l’inverse, la clé publique est disponible et visible par tous.
Le chiffrement se fait donc avec une clé publique et le déchiffrement avec une clé privée.
La signature numérique
De plus, tous les messages C-ITS sont signés numériquement. Ce système de signature permet de vérifier que les données d’origine n’ont pas été altérées. La fiabilité d’un utilisateur, elle, est vérifiable grâce à un système de certificats.
Le processus est le suivant :
- le message est d’abord haché (transformer un message de taille variable en message de taille fixe, ainsi cela permet d’en contrôler son intégrité) ;
- l’empreinte numérique est ensuite signée à l’aide d’une clé privée (la clé privée est secrète et n’appartient qu’à une seule personne).
Ce qu’une clé privée fait, la clé publique peut la défaire. Ainsi, si un utilisateur signe un message avec une clé privée, celui qui le reçoit valide la signature grâce à la clé publique. Si un utilisateur chiffre avec une clé, l’autre clé pourra le déchiffrer.
Ainsi, cette signature avec une clé privée permet de vérifier que le message n’a pas été altéré. L’expéditeur d’un message signé à l’aide d’une clé privée est la seule personne pouvant l’avoir signé ; le message ne peut donc pas être répudié (compromis).
Cette signature garantit donc :
- l’intégrité du message
- l’authentification du message
- la non-répudiation du message
Comment l’écosystème C-ITS est-il sécurisé ?
Dans l’écosystème C-ITS, la sécurité repose principalement sur un système comprenant des certificats et des signatures.
Les certificats
Avant de pouvoir participer à l’écosystème, un acteur doit obtenir un certificat délivré par une autorité de certification nommée RCA (Root Certificate Authority). Cette autorité s’appuie sur deux autres entités : EA (Enrolment Authority) et AA (Authorization Authority).
Le certificat permet d’identifier les entités fiables dans l’écosystème. Sans certificat, il est impossible d’émettre des messages. Ainsi, le détenteur d’un certificat pourra entrer dans l’écosystème C-ITS et sera autorisé à y envoyer des messages C-ITS. Les certificats sont délivrés par une infrastructure de gestion des certificats nommée PKI (Public Key Infrastructure). Cette infrastructure permet de sécuriser les communications en courte et longue portées.
À l’échelle européenne, la RCA transmet ces certificats qui sont référencés dans une liste commune appelée ECTL (European Certificate Trust List). Cette liste est alimentée par les différents États membres.

Modèle de confiance C-ITS
Dans les véhicules, la gestion des certificats pseudonymes s’appuie sur ce que l’on appelle une stratégie de changement des pseudonymes, pour éviter la possibilité de traçabilité des stations C-ITS mobiles (les véhicules des particuliers) et préserver la vie privée des utilisateurs C-ITS.
En réalité, lorsque la PKI délivre un certificat, elle en délivre plusieurs en même temps à la même personne (une dizaine). Ainsi, cela permet aux véhicules de changer son certificat tout au long de son trajet. Ainsi, les données personnelles restent protégées sans devoir repasser par toutes les entités de délivrance des certificats et éviter de recommencer le processus ci-dessus.

Le modèle de confiance de la Commission Européenne permet de définir l’architecture de la PKI nationale et ses interactions avec les autres PKI européennes pour la gestion des certificats pseudonymes nécessaires aux échanges C-ITS sécurisés.
Ce modèle de confiance est d’ailleurs décrit en détail dans le document : C-ITS Security Policy – Release 3.02.[1]
[1] https://cpoc.jrc.ec.europa.eu/data/documents/e01941_C-ITS_Security_Policy_v3.0._20230916.pdf
Comment envoyer et réceptionner les messages C-ITS en V2V ?
Lors de l’envoi, on calcule la signature du message conformément au standard ETSI TS 103097[1] en utilisant l’empreinte du message et la clé privée de l’émetteur.
Il est important de noter que la clé privée est toujours associée à une clé publique (possédée par l’émetteur et le receveur). La clé publique permettra au receveur de vérifier l’identité de l’émetteur et ainsi de s’assurer que le message est fiable.
Lors de la réception, le destinataire recalcule lui-même l’empreinte du contenu du message reçu et vérifie le certificat de l’émetteur qui doit être généré par une autorité de confiance. Cette étape est nécessaire car le hachage étant une fonction à sens unique : il n’est pas possible de retrouver les données initiales à partir de l’empreinte fournie. Il utilise ensuite la clé publique pour vérifier la signature du message et ainsi en contrôler l’intégrité. Ces différentes opérations permettent au destinataire de détecter toute anomalie, telle qu’une signature invalide ou une altération du message. Dans ce cas, le message est considéré comme non fiable et est rejeté.
[1] https://www.etsi.org/deliver/etsi_ts/103000_103099/103097/01.04.01_60/ts_103097v010401p.pdf
Le protocole de sécurité pour les communications longues portées
Les échanges de messages C-ITS en longue portée respectent un protocole de sécurité dit « mature », nommé Transport Layer Security Protocol (TLS) version 3 [RFC 8446] avec des certificats X.509 en authentification mutuelle. Les communications en longue portée concernent principalement les échanges V2V and V2I[1].
Les protocoles de communication appliqués différent en courte et en longue portée, mais la similitude réside dans l’utilisation des certificats. Dans les deux cas, le système de certificat est utilisé.
[1] https://c-its.developpement-durable.gouv.fr/que-representent-les-systemes-de-transport-intelligents-et-cooperatifs-pourquoi-on-en-parle-autant/
Les niveaux de sécurité de l’écosystème C-ITS
La Commission européenne définit trois niveaux d’exigence en matière de sécurité :
- L0 – niveau minimal, réservé aux phases de tests
- L1 – niveau intermédiaire d’exigences que nous souhaitons atteindre d’ici la fin du projet SCALE
- L2 – niveau maximal d’exigences qui correspond à une mise en conformité complète par rapport à la Politique de Sécurité et la Politique de Certification C-ITS Européenne[1] [2]
[1] https://cpoc.jrc.ec.europa.eu/data/documents/e01941_C-ITS_Security_Policy_v3.0._20230916.pdf
[2] https://cpoc.jrc.ec.europa.eu/data/documents/E01941_C-ITS_Certificate_Policy_Release_3_0_FINAL.pdf
Au cours du projet SCALE, nous envisageons de préparer un passage au niveau L1 exigé par la Commission européenne nécessitant une mise en conformité par rapport à plusieurs standards (requis) de sécurité tels que :
- ISO 27001 : Systèmes de Management de la Sécurité de l’Information (SMSI) ou NIS 2
- Certification EAL4+/ AVA-VAN 4 pour les HSM utilisés dans chaque station C-ITS
- Toute station C-ITS doit également valider le niveau CC EAL2+
- ISO 27005 pour l’analyse des risques.
En somme, le passage à l’environnement L1 est une étape clé pour moderniser et sécuriser nos routes grâce aux systèmes de transport intelligents (C-ITS). Loin d’être une simple formalité technique, cette phase de transition, qui se prolongera jusqu’à la fin de l’année 2027, sert de passerelle. Elle permet d’aligner les pratiques actuelles avec les normes de sécurité européennes les plus strictes.
Ce qu’il faut retenir : l’accès à ce niveau L1 garantit que le déploiement de ces nouvelles technologies routières ne se fait pas au détriment de la sécurité, mais pose au contraire les bases durables d’un réseau européen totalement conforme, fiable et standardisé.
En conclusion, l’écosystème C-ITS repose sur des mécanismes de sécurité robustes, combinant cryptographie, gestion des certificats et analyse des risques.
Ces dispositifs permettent de garantir des échanges fiables et sécurisés, ce qui constitue une condition essentielle pour le déploiement à grande échelle des systèmes de transport intelligents coopératifs.